Par Ghita AZZOUZI

Le 25 novembre de chaque année, le monde célèbre la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes en vue d’une large prise de conscience citoyenne et humaniste pour sortir de son invisibilité ce fléau qui menace gravement les valeurs et les sociétés dans les quatre coins du monde.

Cette année, la commémoration de cette journée intervient dans un contexte particulier marqué par la crise sanitaire qui est venue accentuer les inégalités fondées sur le genre. En effet, certaines mesures visant à endiguer la propagation de la covid-19 ont davantage intensifié les cas de violence physique et psychologique à l’égard des femmes et des filles et exacerbé les discriminations fondées sur le genre.

Dans ce contexte, la directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a souligné dans un message marquant la commémoration de cette Journée, qu’”alors que le monde fait face à une crise sanitaire, économique et sociale sans précédent, nous ne devons pas oublier qu’à la pandémie de Covid-19 se superpose une +pandémie de l’ombre+, celle de la violence faite aux filles et aux femmes “.

“Avant la pandémie, environ 243 millions de femmes et de filles âgées de 15 à 49 ans étaient victimes, chaque année, de violences physiques ou sexuelles de la part d’un membre de leur entourage proche”, a-t-elle fait valoir.

Ce nombre risque malheureusement de s’aggraver, car bien des filles et des femmes ont dû être confinées avec leur agresseur, a affirmé Mme Azoulay, ajoutant que “d’ores et déjà, selon les données disponibles dans de nombreux pays, la violence domestique a augmenté de 30 % en moyenne”.

Pour l’année 2020, “Orangez le monde : financez, intervenez, prévenez, collectez !” est le thème mondial de la campagne de 16 jours “Tous UNiS” menée sous l’égide du Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, qui débutera le 25 novembre et s’achèvera le 10 décembre qui marque la Journée internationale des droits de l’homme.

L’esprit de cette campagne, sous la couleur orange, est de faire front commun, d’agir pour soutenir les survivantes et de partager des informations destinées à prévenir et à éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles durant cette période sans précédent.

Au niveau national, La Fédération des ligues des droits des femmes (FLDF) a annoncé avoir reçu, du 16 mars au 24 avril, 240 appels téléphoniques de la part de 230 femmes des différentes régions du Royaume pour signaler des actes de violence pendant le confinement.

En matière de suivi de la violence à l’égard des femmes, un total de 541 actes de violence a été enregistré contre ces femmes, a relevé la fédération, soulignant que la violence psychologique a représenté le taux le plus élevé avec 48,2%, suivie par la violence économique avec 33% et la violence physique, dont le taux a dépassé 12%, en plus de certains cas de violence sexuelle.

Dans ce sens, le psychologue clinicien et psychothérapeute, Reda Mhasni a indiqué dans une déclaration à la MAP que la pandémie a favorisé la violence faite aux femmes de par le confinement pendant des mois et de par la restriction de la mobilité des citoyens qui a mis les femmes face à leur bourreau avec l’impossibilité de pouvoir en parler ou d’aller vers des associations comme elles auraient pu faire en temps ordinaire.

“La pression et la tension ressenties par toute la famille ont fait en sorte que ceux qui étaient violents avant la pandémie le deviennent encore plus et les victimes n’ont eu d’autre choix que d’encaisser”, a-t-il déploré.

Le spécialiste a, en outre, mis la lumière sur le nombre de tentatives de suicide, de plaintes liées à la violence domestique et notamment la hausse notable du taux de demande de divorce dans les tribunaux casablancais.

Interrogé sur les solutions visant à éradiquer la violence faite aux femmes, M. Mhasni a insisté sur la nécessité de l’adhésion de tous les acteurs de la société présents sur le terrain, notamment le personnel de la santé qui reçoit fréquemment les victimes de la violence physique et psychologique.

Il a en outre mis l’accent sur l’importance de l’implication de la société toute entière et des législateurs pour renforcer l’arsenal juridique de la violence à l’égard des femmes, reconnaître des campagnes de sensibilisation et prendre part à une politique nationale pour protéger les femmes, les filles et la société.

D’autre part, les résultats préliminaires de la 2ème enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes au Maroc, menée dans les 12 régions du Royaume du 02 janvier au 10 mars 2019, fait état d’un taux de 54,4% au niveau national, révélant qu’en milieu urbain, ce taux s’élève à 55,8%, contre 51,6% en milieu rural.

Pour les formes de violence, la violence psychologique vient en tête avec 49,1%, devant les violences économique, physique et sexuelle qui sont, respectivement, de l’ordre de 16,7%, 15,9% et 14,3%.